| Randonnée en vélo en France
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Lundi 16 octobre C e matin, M. Billaux vient me conduire sous une pluie battante à la gare d’Argentan où je prends à 8 h 28 le train pour Caen, à 64 km nord-ouest (58 FF ou 11,58 $). Les deux jours intenses avec M. Billaux, que j’ai appris à connaître (convaincu que des livres de grandes et de petites histoires personnelles se cachent sous ce regard pétillant), rendent la séparation très chaleureuse. Je n’oublierai pas aussi la douceur et l’empressement de sa conjointe Paulette.Pour prendre la direction de Caen, je dois passer sous la voie ferrée qui se dirige vers le sud; ce qui veut dire que je dois prendre bis l’escalier avec mon vélo et ses 64 livres de bagages. Il pleut et cette pluie durera tout l’avant-midi. J’arrive donc à Caen au son de la pluie. J’hésite entre prendre une chambre d’hôtel près de la gare et me rendre à Hérouville-St-Clair dans le nord-ouest de Caen en autobus ou m’y rendre en vélo et chercher, après ma rencontre, une chambre d’hôtel. J’opte pour la seconde solution. De la gare de Caen à Hérouville, où est mon rendez-vous, je roule plus de 3 km sous la pluie. Après peines et misères occasionnées par de nombreux travaux de route qui me désorientent facilement, j’arrive vers 11 h 30 sur le campus technologique. Je m’adresse à un bureau d’accueil qui confirme qu’il y a bien dans l’après-midi un événement médiatique organisé par Roanne de concert avec France Télécom, mais pas plus. J’ai rendez-vous avec un technicien à 13 h 30. D’ici là, mes deux priorités, c’est de manger et de faire sécher mon linge. D’abord, dans la toilette, un séchoir à main me permet de sécher l’intérieur de mes espadrilles. Heureusement, dans le corridor je peux ouvrir un calorifère pour faire sécher mes bas pendant que je dîne sur un banc d’attente avec de la nourriture en boîte que je garde toujours dans ma sacoche garde-manger. À l’heure indiquée, je rencontre le gestionnaire qui doit s’occuper de l’organisation de la salle pour la vidéo-conférence. Je ne mens pas, lui et deux techniciens œuvreront avec tension tout l’après-midi pour permettre le branchement avec Roanne. Ils auront sué; pendant ce temps, moi, je fais sécher mon linge sur un calorifère de la salle et je lis Ramsès de Christian Jacq. J’ai l’impression à certains moments que le lien ne se réalisera pas; mais j’essaie de prendre ça en philosophe.
Et, par miracle, tout fonctionne bien à 16 h 36 ; je reconnais Mme F. de Roanne, responsable de l’organisation et, dès qu’elle est informée que le contact avec Hérouville est assuré, elle fait les présentations d’usage. Elle me réserve une demi-heure pour ma présentation sur mes expériences professionnelles, communautaires et personnelles des N.T.I.C. (Nouvelles Technologies de l’Information et des Communications) tout en dégageant les impacts sur le plan social et le plan de l’organisation du travail. Une série de questions suivent. Et, pour clore la vidéo, Mme F. me demande comment je prévoyais terminer ma randonnée en France. Je lui réponds que ma randonnée se termine à Caen, où j’ai l’intention de rester un couple de jours avant de prendre le train pour Paris et d’installer ma tente au camping du Bois-de-Boulogne que je connais assez bien. Avant de quitter le bâtiment, comme c’est un campus technologique, je demande au technicien si je peux accéder à un poste Internet. Il me propose un bureau et je peux gratuitement et sans limite de temps assurer ma correspondance. Quand je quitte Hérouville, je suis bien au sec et il fait beau. Je me dirige vers le centre-ville de Caen tout en cherchant des hôtels à 1 ou 2 étoiles; le premier à 2 étoiles où j’entre est complet; mais le propriétaire me suggère un autre à quelques mètres. L’escalier d’accès au deuxième étage, étroit et raide, éveille des souvenirs de films de série B; la serrure de la porte laisserait effrayés les portefeuilles, même peu garnis. J’ai droit à une vieille TV, à un lavabo dans la chambre et à une toilette dans le corridor. Et ce pour 135 FF (26,67$). Je soupe dans la chambre. Vers 21 heures, je descends au bar, je prends un pastis, le besoin de converser un peu. Je dors bien, matelas confortable et c’est très silencieux.
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Mardi 17 octobre À mon réveil, à 7 heures, je regarde à la fenêtre : il fait noir, mais le ciel est étoilé. La piqûre du vélo me prend, je partirai sur Paris en vélo.Le temps de me faire un café dans ma chambre, de manger ma banane habituelle et je pars sous un ciel étoilé. Les 63 km de la N13 jusqu’à Lisieux est un faux plat. Je le réalise quand je longe une grande marre d’eau. Sans trop le sentir, on grimpe ainsi petit à petit sur le plateau. C’est d’autant plus vrai qu’à quelques kilomètres de Lisieux une longue descente me conduit sur le bord de la Touques, qui arrose la capitale du Pays d'Auge.
Occupée par les Romains au temps de César, envahie par les Saxons aux 3e et 9e siècles, pillée par le premier duc de Normandie, Rollon, en 900, brûlée au 12e siècle par les Bretons, saccagée par les Anglais au cours de la guerre de Cent Ans, Lisieux bâtira lentement sa prospérité. Les bombardements de la nuit du 6 au 7 juin 1944 la détruiront à 80 %. Comme c’est une ville que j’ai déjà visitée, je me contente d’arpenter en vélo la Place de la République, la rue des Artisans, avant de reprendre la Route de Paris. Je dois remonter sur le plateau; je m’en souviendrai. Je passe devant la basilique de Ste-Thérèse, sans toutefois m’y arrêter, Évreux demeurant l’objectif de la journée. À la sortie de Lisieux, je m’arrête chez un LECLEC pour un gros marché de 70,48 FF (14,07 $). Pour ce midi, il me reste encore une portion du demi-poulet que j’avais acheté la veille. 73 km me séparent d’Évreux, sis dans la vallée de l’Iton ; ce qui veut dire que je devrai remonter sur le plateau le lendemain. À donner des sueurs froides! À ma surprise, dès l’entrée d’Évreux, je vois l’indication du camping municipal. Je ne pensais vraiment pas coucher sous la tente ce soir. Aucun document n’en faisait mention: erreur d’éditeur, me dit-on à l’Office du tourisme. Un des rares campings à fermer le 31 octobre. À 16 h 30, je dresse donc la tente, puis je me rends à la poste assurer ma correspondance Internet. C’est intéressant, j’ai toujours entre 10 et 20 messages. Le reste de la journée, je flâne dans les rues de la ville, passant devant l’élégante tour de l'horloge du XVe siècle, la cathédrale et le palais épiscopal aux allures médiévales. Une ville riche qui donne le goût de devenir ébroïcien, le pays de l’if. |
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Mercredi 18 octobre I l est 9 h 20; j’ai à peine roulé 15 km depuis ce matin; je me suis réfugié dans un abri d’autobus pour me protéger de la pluie qui s’intensifie et je crains qu’elle veuille s’installer pour longtemps. Je lis les Rois maudits pour éliminer le stress. À midi, encore prisonnier dans l’abri, je dîne : il me reste du poulet d’hier. À 12 h 30, il semble y avoir une accalmie, je file sur Pacy à 4 km. Je ne prends pas le temps de m’arrêter visiter le Jardin Romantique qu’on annonce à l’entrée de la cité. Compte tenu des imprévus et de la pluie intermittente, mon intention est de coucher à Mantes et je devrai y arriver tôt pour m’informer d’un camping à l’Office du tourisme. À partir de Rosny, je longe quelque temps la Seine pour la quitter jusqu’à Mantes, évitant ainsi une longue boucle, la Seine formant ici de longs méandres. On sent qu’on est à peine 50 km de Paris, l’industrialisation se fait sentir. J’arrive vers 16 heures à l’Office du tourisme, place St Maclou. Les bureaux sont fermés pour rénovation. Je ne suis pas le seul à me frapper le nez sur une porte close. J’arrête des passants pour m’informer d’un camping dans la région. Je suis chanceux, je tombe rapidement sur quelqu’un qui connaît bien le camping CANADA à Épône à une dizaine de km au sud-est de Mantes et c’est le seul de la région; il est ouvert toute l’année.
Il y a des fois qu’il vaut mieux ignorer ce qui nous attend et ces 10 km appartiennent à ces moments. Épône est au sommet d’une colline qui domine la vallée de la Seine. La route s’ouvre sur le versant et grimpe inlassablement vers le sommet toujours avec une vue magnifique sur la vallée. Mais ce plaisir est gâché par une pluie intermittente et un vent frais de face. J’ai l’impression que la montée est interminable. Et si le camping n’existait pas! Je me permets de douter de mes informations. Je traverse Épône accroché à la montagne; il est tard, le bourg, où de belles maisons très modernes voisinent des maisons plus anciennes et sans vie. Je monte toujours entrant maintenant dans une région plus rurale et je n’ai pas encore d’indication qui confirme le camping. Le soleil est couché depuis longtemps. Et c’est la première fois que je me sens inquiet, sans toutefois parler de peur. Le pire, c’est de retourner à Mantes et de me payer un hôtel. Mais cette solution a toujours été pour moi tout au long de ma randonnée l’ultime choix, et ce, par principe. Je roule une dizaine de minutes au sommet de la montagne avant de redescendre quelque peu dans une section boisée et me retrouver devant le panneau camping CANADA. La tension tombe et une pluie fine et froide m’accueille à défaut d’un accueil à la réception du camping. Le hasard fait que j’arrive assez trempé dans ce camping un mercredi et c’est le jour de fermeture. Certains campings ont une journée de fermeture pendant la semaine, pas nécessairement le même jour. Pour moi, c’est la première fois que ça m’arrive. Un campeur m’informe de ne pas m’en faire, de m’installer sur un terrain vacant et de régler le tout le lendemain matin. Sauf que certains services sont fermés, comme le dépanneur, le service de jetons dont j’aurais besoin pour me servir de la sécheuse. Heureusement que mon linge de rechange est bien sec. Toutefois je dois faire sécher mes espadrilles avec un séchoir à main que je trouve dans les toilettes; j’en profite aussi pour faire sécher les manches de mon gilet. Je soupe sous la tente, car il pleut. Il pleuvra toute la nuit. Je m’étonne de ma forme physique; j’ai toutes les conditions pour une bonne pneumonie.
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